Bitchat retiré des magasins d'applications indiens suite à une directive gouvernementale
Publié le 5 octobre 2026
L’application de messagerie décentralisée de Jack Dorsey, Bitchat, a été supprimée des boutiques Apple et Google en Inde à la suite d’un ordre du gouvernement. Cette décision fait suite aux tentatives précédentes de New Delhi pour restreindre l’accès à ce logiciel open-source, invoquant des préoccupations concernant les capacités des forces de l’ordre lors des coupures d’internet.
Points clés
- Bitchat a été supprimé de l’Apple App Store et de Google Play en Inde suite à un ordre gouvernemental.
- La directive a été prise au titre de l’article 69A de la loi sur les technologies de l’information, invoquant les difficultés rencontrées par les forces de l’ordre pour intercepter les communications.
- L’accès à Bitchat via le service bêta TestFlight d’Apple est également bloqué dans le pays.
- Les défenseurs des droits numériques contestent la constitutionnalité de cet ordre, estimant que l’article 69A vise les informations illégales et non les fonctionnalités d’une application.
- L’intérêt pour Bitchat a explosé lors des récentes manifestations, l’Inde représentant 85 % des téléchargements mondiaux en une seule semaine en juillet.
Les mécanismes de la restriction
Lancée en juillet de l’année précédente, Bitchat utilise un réseau maillé Bluetooth pour permettre aux appareils proches d’échanger des messages chiffrés sans dépendre des réseaux cellulaires, de l’accès à internet ou de serveurs centralisés. Cette architecture permet à l’application de fonctionner même lors de coupures d’internet généralisées.
En juillet 2026, les autorités indiennes avaient déjà ordonné à GitHub de supprimer les dépôts associés à cette application de messagerie open-source. À l’époque, le gouvernement s’était appuyé sur une disposition différente de la loi indienne sur les technologies de l’information concernant la responsabilité des intermédiaires pour le contenu tiers. La présente directive repose désormais sur l’article 69A, ce qui constitue un fondement juridique différent.
Le gouvernement indien a indiqué dans son ordre initial adressé à GitHub que l’architecture de Bitchat rendait difficile pour les agences de police d’intercepter les communications ou de tracer les utilisateurs. Les responsables ont particulièrement souligné la capacité de l’application à continuer de fonctionner pendant les coupures d’internet comme une préoccupation majeure.
Droits numériques et défis juridiques
L’Internet Freedom Foundation, un groupe de défense des droits numériques basé à New Delhi, a qualifié la dernière directive d’inconstitutionnelle. L’organisation fait valoir que l’article 69A permet au gouvernement de bloquer des informations illégales, mais pas une application de messagerie simplement parce qu’elle peut fonctionner lors de coupures d’internet. De plus, la fondation a noté ni l’ordre de blocage ni le contenu supposément illégal invoqué comme base de cette action n’ont été rendus publics.
Ces restrictions coïncident avec une nouvelle vague de manifestations menées par les jeunes en Inde concernant les modifications apportées aux listes électorales du pays. Samedi, la police a arrêté plusieurs personnes lors de manifestations à New Delhi, alors que les manifestants exigeaient la démission du commissaire électoral principal de l’Inde pour des allégations de manipulation des listes électorales. Les autorités ont suspendu les services internet autour de Jantar Mantar à New Delhi pendant 12 heures vendredi lors de ces manifestations.
Lors des manifestations de juillet, les manifestants se seraient tournés vers Bitchat et son concurrent Briar après la suspension des services internet par les autorités. Cette utilisation intensive a suscité un intérêt considérable pour la plateforme. Selon les données de l’entreprise d’intelligence du marché Sensor Tower, l’Inde aurait représenté environ 85 % des téléchargements mondiaux de l’application entre le 17 et le 23 juillet, soit une hausse spectaculaire par rapport aux quelque 1 % enregistrés au cours des 30 jours précédents.
Contexte des récentes manifestations
Le retrait de Bitchat est étroitement lié aux troubles civils en cours. L’utilité de l’application pendant les coupures internet en a fait un outil crucial de communication lorsque les réseaux traditionnels étaient indisponibles. La volonté du gouvernement de restreindre ce type d’outils met en lumière la tension entre le maintien de l’ordre public et la garantie des droits numériques dans une société de plus en plus connectée.
Si Apple a confirmé que Bitchat resterait disponible hors d’Inde, le blocage interne isole effectivement les utilisateurs du pays de cette plateforme. L’absence de réaction des grandes entreprises technologiques ainsi que du ministère indien des Technologies de l’information laisse les implications juridiques et techniques de cet ordre ouvertes à l’interprétation.
Conclusion
Le retrait de Bitchat des magasins d’applications indiens marque une escalade significative dans l’approche du gouvernement concernant la régulation des outils de communication décentralisés. En invoquant l’article 69A, les autorités ont ciblé non seulement le contenu partagé via l’application, mais aussi son infrastructure même. Alors que les manifestations se poursuivent et que l’accès à internet reste un point de discorde, la disponibilité de méthodes de communication alternatives comme Bitchat restera probablement au cœur des préoccupations tant pour les défenseurs des droits numériques que pour les régulateurs gouvernementaux. Cette situation souligne le défi croissant de l’application des cadres juridiques traditionnels à l’ère des technologies décentralisées et capables de fonctionner hors ligne.